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OBSERVATION

Quel est votre diagnostic - JM Kespi 2012, RFA 150

Quel est votre diagnostic ?

(JMK–2012, RFA n°150)

 

Mme D., 61 ans, dentiste, petite et mince, extravertie, pleine d’énergie, consulte pour une douleur sous le pied gauche localisée au talon et à l’avant-pied aux environs des deuxième et troisième orteils. Cette algie diffuse, variable, néanmoins gênante, aggravée à la station debout et à la marche, insensible au temps qu’il fait, est apparue voici sept mois sans cause apparente. Quand elle s’aggrave, elle irradie à la face externe de la jambe. Le pied est chaud.

Les semelles orthopédiques n’ont rien changé, pas plus que les anti-inflammatoires.

Elle relève par ailleurs des selles liquides non douloureuses depuis l’âge de 8 ans et une HTA traitée. Son sommeil est bon ; elle n’est jamais fatiguée.

Elle vit avec son compagnon et n’a pas d’enfant. Nerveuse, réactive, exubérante, elle a besoin d’activité (sa douleur la gène plus sur ce plan). Elle n’est pas dispersée ou éparpillée (le daimai n’est donc pas en cause parce que la douleur n’est pas sur zu shaoyang) et ne se sent pas angoissée ou émotive.

Les pouls des pieds en vide, alors que ceux des 3Rn sont normaux, disent un qi qui ne descend pas. La langue est normale.

1      Quels mécanismes incriminer en fonction de la localisation ?

 

2      Et pour le talon ?

 

3      Lequel paraît le plus probable ?

 

4      Quel point choisir sur zu yangming ?

 

Un mois et demi plus tard : la puncture de ce point à gauche entraîne pendant dix jours une disparition des douleurs ; elles reviennent cependant mais moins fortes, surtout autour du yongquan (1Rn). Les pouls des pieds sont mieux.

Je puncture à nouveau ce point. La douleur disparaît définitivement. Mais deux mois après la seconde séance, elle commence à mal dormir, se réveille à 4 heures du matin, sans cauchemars. Il n’y a pas eu d’événements particuliers.

5      À quoi attribuer l’insomnie ?

 

6      Comment traiter une mauvaise communication zu yangming – zu taiyin ?

 

Je choisis de rester sur zu yangming et de puncturer lidui 厲兌(45E) à gauche qui, de plus, apporte concorde et paix (trigramme dui).

Cela ne change rien quant au sommeil. Compte tenu de son tempérament, j’élimine zu shaoyin et préfère m’adresser au méridien couplé au zu yangming en midi-minuit, le shou jueyin.

7      Quels points choisir sur shou jueyin ?

 

Deux séances trimestrielles avec fenglong 豐隆 (40E) à gauche et daling 大陵 (7MC) à droite l’améliorent très nettement.

 

 

Quel est votre diagnostic ?  REPONSES

 

1      Clairement zu yangming pour le pied et la jambe.

 

2      Schématiquement ce peut être zu shaoyin, yinqiao, yinwei, zu taiyang, yangwei.

 

3      Le zu shaoyin puisque quand le yangming ne descend pas le shaoyin ne monte pas et inversement.

 

4      Compte tenu de son extraversion, de sa réactivité et de son attitude le luo, fenglong 豐隆 (40E) paraît le plus probable. Le yangming ne se ferme pas vers le taiyin.

 

5      À une mauvaise communication zu yangmingzu taiyin, ou à une non-montée du zu shaoyin à traiter par exemple par zhaohai (6Rn), de plus point clef du yinqiao.

 

6      Par les deux points jing, yinbai 隱白 (1Rt) et lidui 厲兌(45E).

 

7      Deux me paraissent indiqués :

-       jianshi 間使 (5MC) de par son agitation et extraversion (mais elle n’est pas agressive) et

-       daling 大陵 (7MC) aussi nommé xinzhu 心主, efficace contre les insomnies.

 

Où est la primaire ?

Ce peut être une mauvaise intériorisation du yangming vers le taiyin qui reflète une difficulté d’intériorité. Je citerai ensuite deux observations en faveur de cette étiologie.

Mais la primaire peut aussi être au niveau de xinzhu, du Cœur ministre, même si elle dit ne pas être angoissée ni émotive, à moins qu’elle ne veuille pas le savoir.

 

La première observation est récente. C’est un jeune homme de 19 ans qui a commencé il y a quinze jours une psychothérapie après deux échecs scolaires importants. L’introspection lui est peu familière. Vivant dans une famille conflictuelle, il se refugie plutôt dans l’imaginaire et la course à pied quotidienne. Je le consulte par hasard ; il accompagne sa mère et je remarque qu’il boite. Il me dit avoir depuis trois jours des douleurs intenses à la cheville droite après dix minutes de course. Il ne s’est pas tordu la cheville. La douleur est au niveau du jiexi (41E), sans rougeur, chaleur ou gonflement. Rien ne justifie au plan général la localisation sur yangming. Je pose l’hypothèse que c’est une réaction au début de l’introspection nécessitée par la psychothérapie. Le fenglong (40E) fait disparaître la douleur en cinq minutes ; elle ne se reproduit pas en course les jours suivants.

 

La seconde observation concernant aussi le fenglong (40E), dans la même atmosphère de méconnaissance de son intériorité, a été publiée dans la RFA n° 95, 1998, p. 61-62.